Interview métissée: Anaïs Delwaulle

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Née en Martinique d’un père picard (Amiens), et d’une mère martiniquaise, Anaïs Delwaulle est une jeune métisse de 24 ans épanouie. Ambassadrice de la Martinique pour le concours Miss Monde 2014, et aujourd’hui installée à Londres, elle s’est prêtée à notre interview métissée…

Mdf – Vous demande t’on souvent de définir vos origines ?

AD – Vivant à Londres, tous les jours on me demande d’où je viens car on entend tout de suite que je ne suis pas anglaise 🙂 . Je trouve ça marrant qu’on me l’a pose car ça veut dire que les gens n’arrivent pas vraiment à définir mon type, mon métissage, et qu’ils sont curieux de connaitre la réponse. 
En France aussi on a tendance à toujours me demander d’où je viens par rapport à mon accent !  Et oui en anglais c’est mon accent français qui ressort et en français mon accent créole 😂 .

Evidemment on me questionne sur mes origines par rapport à mon physique aussi : Une fille assez claire de peau mais plus “bronzée” que les français, aux yeux verts, et aux cheveux blonds bouclés/frisés visiblement ça interroge… 

A Paris, quand on me demande mes origines et que je réponds “Antillaise”, tout le monde sait que ça signifie: que je suis française de nationalité mais je reste avant tout, à leurs yeux, une antillaise métissée. 

A Londres et à l’étranger en général c’est plus compliqué, car ils n’ont pas autant connaissance de ce que sont les Antilles françaises, les départements français, ils m’identifient donc avant tout en tant que française, et ce malgré mon métissage ou le fait que je puisse venir des Antilles également.

En Martinique, je suis l’enfant du pays, métissée, mais l’enfant du pays. Tout simplement. Aux Antilles, tant que tu as baigné dans la culture créole, tu es un enfant du pays. Point.

Mdf – Comment vous identifiez-vous ?

AD – Je m’identifie plus comme étant martiniquaise, caribéenne, sans oublier mon côté français par mon père et par ma nationalité. Mais c’est plus à cause de la culture dans laquelle j’ai baigné, et non pas à cause de mon physique. Je suis née et j’ai grandis aux Antilles, avec une culture et des coutumes créoles avant tout, même si je gardais un contact important avec la culture française grâce à ma famille paternelle.

Il est vrai que je suis consciente que je ne serai jamais totalement blanche pour les blancs, ni totalement noire pour les noirs. Mais en règle général, j’ai toujours été acceptée car j’ai toujours su m’adapter. Et pour moi c’est ça l’avantage d’être métisse, c’est de finalement avoir un côté de chaque en soit. Il m’est donc facile de me faire des amies en France (même si parfois nos références ne sont pas les mêmes) car j’ai aussi eu une culture musicale, cinématographique et culinaire françaises grâce à mon père. Il m’est, par exemple, arrivé de chanter sur du Renaud et donc de très bien me fondre dans la masse en France, et d’être regardée bizarrement par mes amis antillais (“Comment elle connait ça elle ?”). Ou encore, je me souviens que lorque j’étais petite je mangeais déjà des cuisses de grenouilles, des escargots, et à l’époque tout le monde trouvait ça bizarre car ce n’est pas dans laculture antillaise d’en manger. Donc voila, je sais mettre mon côté français ou mon côté Caribéen en avant quand il le faut.

Mdf – Vous a t’on déjà incité à choisir entre vos deux communautés d’origines?

AD – Dans ma famille, non, au contraire, on m’a toujours répété d’être fière de ce quej’étais. Quand j’étais petite je voulais me lisser les cheveux par exemple, et bien que ce soit ma mère (Noire) ou mon père (Blanc), ils m’ont toujours interdit de changer mon type.

En revanche, sur les bancs de l’école c’était un peu plus différent car les enfants sont très durs entre eux. Donc, ayant grandi aux antilles, si je m’approchais un peu trop du côté blanc” on ne manquait pas de se moquer . Parfois, il m’arrivait de ne pas écouter certains styles de musiques dans mon mp3 pour ne pas être jugée et cataloguée comme étant “juste une blanche”. Je gardais mon côté français pour certains amis et pour chez moi. 

Mdf – Avez-vous déja été victime de discrimination par rapport à vos origines ?

AD – Quand j’ai été élue Miss,  il y a eu quelques commentaires qui disaient que j’étais “trop claire pour représenter la martinique”, que “les métisses ne représentent pas les martiniquais”. A l’école aussi j’ai dû entendre ce genre de choses 2 ou 3fois. Mais je n’y ai jamais prêté pas attention.

Mdf – Pouvez-vous nous confier une anedocte liée à votre métissage ?

AD – Pour les fêtes quand j’étais plus jeune, le 24 décembre c’était plateau de fromage, vin, charcuterie, escargots en écoutant des musiques françaises avec ma famille paternelle, et le 25 décembre : Jambons de Noël, patés salés, haricots rouges, liqueurs de rhum sur du kompa avec ma famille maternelle !

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